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‘’Moïgba Suo-Suo’’ : vaincre la faim et la pauvreté en milieu rural

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Dans  la région  des Savanes, opèrent plusieurs Groupements d’Intérêt Economique (GIE) dont les activités contribuent à l’autonomisation des membres et à l’amélioration des conditions de vie des communautés. Certains de ces groupements doivent leur survie  au PRADEB, dispositif mis en place en 2013 et  qui vient renforcer les différentes initiatives de lutte contre la pauvreté et d’insertion des femmes et des jeunes dans la vie économique  au Togo. A travers sa composante « Soutien aux activités économiques  des  groupements), le Programme apporte à ces GIE  un soutien  financier  substantiel. C’est le cas du GIE ‘’Moïgba  Suo-Suo’’ (Débrouille-toi un peu en Moba) qui affiche des performances fort édifiantes. Un bel exemple qui suscite de l’espoir quant à l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD), en l’occurrence ceux relatifs  à la  lutte contre la faim et la pauvreté, notamment en milieu rural au Togo.   

Créé en 2014, ‘’Moïgba Suo-Suo’’ est  composé de 18 membres, toutes des femmes. Le Groupement a pour activité principale le maraîchage.

Afin de s’imprégner de leur quotidien, nous sommes allés à la rencontre de ces  femmes  à Nagbandja, village situé à 16 km au nord –est de Dapaong, chef-lieu de la préfecture de Tône et de la région des Savanes.

Quittant la ville de Dapaong, nous empruntons la route bitumée  menant à Pognio. Au Km 10, nous virons vers  l’est, abandonnant la chaussée. Au bout d’un sentier poussiéreux et tortueux, serpentant à travers d’immenses terres arides parsemées d’habitations, Nagbandja ! Une centaine de cases en terre battue perdues  au milieu de nulle part. Là, vivent un millier d’âmes. Les toits  sont en tiges de mil ;  le feu pour cuire les aliments est fait à base de bouses de vaches.

Nous sommes  accueillis par des cris d’enfants  torse-nu, vêtus d’un simple caleçon de cotonnade. A l’orée du village, un vaste espace verdoyant. Là,  penchées vers la terre, bravant le soleil implacable  dardant  ses rayons de feux,  des femmes s’activent. Ce sont les membres du GIE ‘’Moïgba Suo-Suo’’.

«Nous nous sentons vraiment autonomes, moins dépendantes de nos maris, et libérées de l’extrême pauvreté  »

Les femmes de ‘’Moïgba Suo-Suo’’ cultivent l’oignon et la tomate sur un site s’étendant sur un hectare environ. Leur activité essentiellement saisonnière,   s’étale sur une  période de  8 (huit) mois, de septembre à avril. Les cultures sont irriguées. En temps de récolte, les  oignons déterrés sont exposés au soleil pendant plusieurs jours   avant d’être entreposés dans des magasins. Le groupement dispose à cet effet de trois magasins. Les produits sont ensuite vendus sur place  à des clients qui, pour la plupart, viennent de Dapaong. « Cela nous évite de parcourir de longues distances pour écouler nos produits », explique Sougle YEMPABE, présidente du groupement.

Les feuilles fraîches d’oignons sont pilées puis transformées en boules compactes. « Ainsi traitées, les feuilles durent longtemps. C’est notre manière de conserver l’oignon, faute de moyens sophistiqués », explique la présidente. Très prisé dans  la région,  le produit ainsi obtenu constitue une alternative  à l’oignon en temps de pénurie.

En 2015, Moïgba Suo-Suo a bénéficié d’un crédit d’un million de FCFA  du PRADEB. «  Ces fonds nous ont beaucoup aidées. Ils nous ont permis de renforcer notre activité et de la porter à l’échelle », témoigne Mme YEMPABE.

En effet, grâce à ce financement, le groupement a engrangé en 2015, un chiffre d’affaires estimé à environ 1.800.000  (un million huit cent mille) FCFA ce qui lui a permis de rembourser le crédit et d’obtenir en 2016 un autre financement d’un montant de 1.500.000 (un million cinq cent mille) FCFA.

Aujourd’hui,  grâce à leur activité, les femmes de ‘’Moïgba Suo-Suo’’ se disent autonomes et libérées du joug de l’extrême pauvreté qui sévit dans la région.  «Nous contribuons aux petites dépenses de la famille : en éducation des enfants, en alimentation, en santé etc. Nous nous sentons vraiment autonomes,  moins dépendantes de nos maris et libérées de l’extrême pauvreté », se félicite Sougle YEMPABE.

Au total 62 groupements  de la région des Savanes bénéficient de l’appui du PRADEB.  A l’instar de ‘’Moïgba Suo-Suo’’, 39 ont renouvelé leur crédit.

« Seuls les groupements  vulnérables bénéficient du soutien du PRADEB »

Selon Mme MOUMOUNI  Rachidatou,  Point focal GIE Région des Savanes,  de 2014 à nos jours, plus de 400  groupements de la région ont soumis des demandes de crédit  à l’ONG RAFIA, Agence de Relais Local (ARL)  du PRADEB dans les Savanes. «  Mais,  seuls les groupements vulnérables, qui n’ont pas de crédit en cours ni de crédit en souffrance dans une institution de micro finance,  bénéficient de l’appui du PRADEB », précise-t-elle.

En effet, l’appui du PRADEB aux GIE  n’est pas fortuit. Il est l’aboutissement d’un processus  basé sur l’approche par la demande  qui prend en compte plusieurs critères préétablis par le programme. Mme MOUMOUNI  Rachidatou explique : « Après  information, les groupements  manifestent leur intérêt  et soumettent leur demande d’appui qui est traitée sur la base des critères préétablis par le Programme. Après étude et validation  des demandes, des diagnostics organisationnels et participatifs  (DOP) sont organisés pour vérifier l’organisation et le fonctionnement du GIE ainsi que les informations  fournies par les membres. Les informations ainsi collectées sont traitées  et analysées.  Les groupements retenus à l’issue de cette étape suivent une  formation  de quatre jours et demi sur plusieurs modules : organisation et fonctionnement d’une société coopérative ; tenue de la comptabilité simplifiée ; identification et gestion d’une AGR ; crédit et épargne ; techniques de production agricole.

A l’issue de la formation, on remet à chaque GIE des formulaires de micro projet à remplir et à renvoyer à l’ONG  au bout de deux semaines. Pour aider les groupements dans cette tâche, l’ONG organise des missions d’appui.

Les micro-projets collectés, sont traités et analysés suivant les critères préétablis par le PRADEB. Ils sont ensuite soumis au Comité Régional de Sélection (CRS), composé des différents responsables  régionaux des services déconcentrés de l’Etat et de l’institution de microfinance partenaire du groupement. Une fois les dossiers validés, ils sont transmis à l’institution de microfinance pour le financement ».

.Selon Aristide Agbossoumondé, coordonnateur du PRADEB,  au 31 décembre 2016, le Programme  a accompagné sur toute l’étendue du territoire, environ 300 groupements d’intérêt économique  en majorité composés de femmes. Montant débloqué,  7 38 588 180 (sept milliards trente-huit millions cinq cent quatre-vingt –huit mille cent quatre-vingt) FCFA.

Pendant les 5 années de sa mise en œuvre, le Programme doit faciliter l’accès aux crédits de 500 groupements.

Grâce aux initiatives comme le  PRADEB, le Togo est en bonne voie  pour l’atteinte  de l’ODD 1«  Pas de pauvreté » et l’ODD 2  « Faim zéro ».  L’exemple du GIE  ‘’Moïgba Suo- suo  est fort édifiant.

                                                                                NONNKPO Kossi

(Photo : une femme, membre de  »Moïgba Suo-Suo travaillant sur une parcelle plantée d’oignons)