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Classement liberté de la presse 2014 : le Togo gagne 7 places; la nécessaire réforme de la presse

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Reporters Sans Frontières (RSF) a publié cette semaine, son classement mondial de la liberté de la presse 2014. Le Togo a progressé de 7 places,  mais beaucoup  reste à faire.

Dans quel pays y-a- t-il plus de liberté de la presse dans le monde aujourd’hui ? La Finlande, à en croire l’Organisation « Reporters Sans Frontières » qui publie son classement mondial de l’année 2014 sur la liberté de la presse. La Finlande domine cette année encore, le classement alors que l’Érythrée cité comme « la plus grande prison des journalistes au monde » occupe toujours le dernier rang.

En Afrique,  la Namibie, 22ème mondial,  est en tête.  En  Afrique de l’Ouest, le Cap Vert, 24ème,  est en première position, suivi du Ghana, 27ème, qui grappille de 3 points. À titre de comparaison, un « modèle européen»  comme la France  occupe la 39ème place.   RSF souligne que dans la sous-région ouest africaine, « les conflits et menaces terroristes  fragilisent la presse ».  En Afrique centrale, « la dégradation se poursuit » .

Quant au Togo, il remonte de 7 points. Sur 180 pays, il  se retrouve à la 76ème place derrière le Bénin (75ème).  Ceci est d’autant plus encourageant lorsqu’on sait que dans le classement de 2013, dans lequel il était 83ème,  le Togo  avait régressé de 4 crans par rapport au classement de 2012.

Un baromètre de la liberté de la presse

Selon RSF, le classement mondial, publié chaque année, permet de mesurer les violations de la liberté de la presse dans le monde.  Il reflète le degré de liberté dont bénéficient les journalistes, les médias et les net-citoyens de chaque pays et les moyens mis en œuvre par les États pour respecter et faire respecter cette liberté.

C’est en effet, une évaluation de la situation  de la presse sur une période donnée à partir des indicateurs qui permettent à RSF d’attribuer une note et une position à chaque pays sur la base d’un questionnaire adressé aux associations  de défense de la liberté d’expression, au correspondant de RSF, et même à des journalistes, chercheurs, juristes, militants des droits de l’homme dans  les  pays ou zones  enquêtés. Ce questionnaire, explique RSF, recense l’ensemble des atteintes directes contre les journalistes ou des net-citoyens (assassinats, emprisonnements, agressions, menaces etc.). Il note également le degré d’impunité dont bénéficient les auteurs de ces violations de la liberté de presse. Le questionnaire mesure également l’auto censure existant dans chaque pays, évalue la capacité critique, et d’investigation de la presse. En outre, ce questionnaire prend en compte le cadre juridique régissant le secteur des médias (sanction des délits de presse, monopole de l’État dans certains domaines, régulation des médias, etc.) et le niveau d’indépendance des médias publics. Il incorpore aussi les atteintes à la liberté de circulation de l’information sur Internet.

Des critiques sont souvent formulées contre RSF dans certains pays où le classement n’est pas favorable. A la publication du classement 2014 dans lequel le Maroc reste à la 136ème place, le ministre marocain de la communication, Mustapha El Khafi, a qualifié le rapport « d’injuste, étrange, imprécis et infondé ». Au Togo,   nos confrères du site republicoftogo.com   regrettent simplement  que RSF base l’établissement de son classement sur un certain nombre de critères qui ne prennent pas également en compte les dérapages commis par certains médias.

Une évolution en dents de scie  pour le Togo

Si le Togo avant 2006 a souvent  été un  mauvais élève dans le respect de la  liberté de presse, le pays  a réussi  à se frayer une place dans le Top 50 du classement de  2007, à la  49ème place, avant de chuter jusqu’à la 67ème place dans celui de 2009. Puis il monte à nouveau à la 60ème place dans le tableau de 2010, redescend à la 79ème place des classements 2011 et 2012. Il chute davantage à la 83ème place dans le classement de 2013 et grimpe à nouveau dans celui de 2014.

Pas de fumée sans feu    

Le Togo arrive derrière la Namibie, le Cap Vert, le Ghana, le Botswana, l’Afrique du Sud, le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Sénégal, la Maurice, la Tanzanie, la Sierra Leone, la Malawi, le Lesotho, le Benin. Pourtant, le Togo, à l’instar de ces pays,  dispose d’un cadre juridique et institutionnel favorable à la liberté  d’expression.  Ils sont loin, les années où les journalistes sont inquiétés ou sont jetés en prison pour leurs opinions. Cependant, les professionnels de la presse semblent eux- mêmes poursuivre une descente aux enfers de leur corporation.  La liberté de la presse ne s’accompagne pas d’une réelle responsabilité et du respect de la déontologie du métier par les journalistes. Ces dernières années, beaucoup d’organes de presse, notamment ceux de la presse écrite, se sont laissés entrainés dans les chantages, les rackets et manipulations politiques. Ils sont devenus aussi des caisses à résonnance des partis politiques. Les basses manœuvres constituent une source de revenus pour de nombreux journalistes de la presse écrite dans un pays où le marché publicitaire est faible et où la vente de journaux est en déclin.

Rumeurs, mensonges, désinformations et intoxications constituent le lot servi à la population  par  la presse, notamment celle  jugée à tort ou à raison, proche de l’opposition.  L’on peut se demander parfois en lisant certains journaux :” où est la réelle information ?”.

Ce refus manifeste et délibéré de respecter la déontologie et l’éthique  du métier,  crée souvent une tension entre la Haute Autorité de l’Audio-visuel et de la Communication (HAAC) et les journalistes.  A titre d’exemples,  le traitement de l’affaire des incendies des grands marchés de Lomé et de Kara (dans laquelle des journalistes ont été entendus dans le cadre de l’enquête ),  la couverture médiatique des législatives de juillet 2013 ont  aussi décrédibilisé la presse en 2013. Une autre affaire qui a pollué l’atmosphère médiatique au  Togo en 2013 fut la  fermeture de la radio Légende FM. En effet, par décision N°008/HAAC/13/P du 23 Août 2013, la HAAC a  décidé ” : Article 1er : Le refus de renouvellement de l’autorisation d’installation et d’exploitation de Radio Légende Fm. Article 2 : La présente décision qui prend effet à compter de la date de sa signature est notifiée au DG de Légende Fm ».  Par rapport à cette situation, le Président de la HAAC, M. Biossey Kokou Tozoun s’est expliqué:     C’est qu’ils ne nous ont laissé un autre choix que celui-là, parce que nous ne nous sommes pas levés un matin  pour dire, il faut fermer la radio Légende Fm “.  Et d’ajouter:  “Du fait que cette radio se comporte comme une radio hors la loi, du fait que cette radio se comporte comme étant au-dessus de la HAAC, mais aussi au-dessus des actes de justice, il était important pour la HAAC de ne pas renouveler une autorisation à une telle radio, parce que, si on veut renouveler , ce serait comme si on donnait une prime à la médiocrité, une prime à ceux qui ont opté pour l’anarchie“.

Autre signes inquiétants : des agressions  des journalistes aussi bien par les forces de l’ordre que les militants des partis politiques…

Au regard de ces diverses situations, les états généraux de la presse qui devraient se tenir avant la fin de l’année 2014, doivent accoucher de réformes pour permettre à la presse de jouer son rôle de garant de la stabilité des institutions, de la pérennisation de la démocratie  et de la formation de l’opinion publique au Togo; ce qui pourrait inciter les autorités à revoir à la hausse le fonds d’aide à la presse. Par dessus tout , il appartient aux professionnels de la presse de donner un crédit à leur métier en faisant preuve de professionnalisme pour  que le secteur ne ressemble pas à un vaste espace de déjections des déchets intellectuels. Le développement du Togo est aussi à ce prix.